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Conséquences
 

 


@ YANN, TC A L’AGE DE 20 ANS, ACCIDENTE EN 1992 : MES DEUX PREMIERES ANNEES DE GALERE

 

J’ai 22 ans.

J'ai eu un accident de voiture, seul, le 25/12/92.

Coma d'emblée. Hématome cérébral sous-dural et extra-dural. Ce dernier évacué chirurgicalement.

1 mois en réa. 4 mois en centre d’éveil. Retour dans ma famille le 19 MAI 1993.

 

Et la galère a commencé.

 

Au début, c'est le refus du handicap dû à l'accident. Jai ressenti un dégoût profond de l'état dans lequel je me retrouvais. Je refusais toutes les aides nécessaires à mon état du fait de l'accident. Personne ne me comprenait, même pas moi. J'ai été renvoyé des centres de rééducation à cause de tentatives de suicide. Heureusement que j'avais ma famille et qu'elle acceptait ce que je vivais. Heureusement, car cela m'a permis d'évoluer, donc de comprendre le pourquoi de la nécessité de la rééducation .Heureusement aussi que j'ai eu une aide extérieure à la famille : Mr. DEFER psychiatre. Il m'a beaucoup aidé à surmonter les problèmes que je rencontrais avec l'extérieur en général (comme les centres de rééducation). Il m'a aidé à accepter mes problèmes.

 

Je pense qu'il devrait pouvoir aider les centres de rééducation à comprendre qu'il y a eu évolution, c'est à dire que j'ai accepté l'état dans lequel je suis (handicap à 80 %) et j'ai compris la nécessité d'aide extérieure spécialisée pour mes problèmes de handicaps. Car si on devait arrêter de vivre à cause des handicaps cela signifierait que le handicap a remporté : or il n'en est rien. Ce n'est pas ce handicap qui va me faire arrêter de vivre. Je vais vivre avec. Donc j'accepte volontairement les aides extérieures. Malheureusement, celles-ci sont difficiles à trouver. Surtout 2 ans après l'accident. En raison de la persévérance de ma famille qui a décidé coûte que coûte de m'aider, nous trouvons peu à peu des aides extérieures compétentes et efficaces qui me redonnent de l'espoir en vue de la vie à venir avec le handicap. Le regrettable de l'histoire c'est la quasi-incompétence des centres devant des cas de traumatisé crânien comme le mien, car ils représentent un cas particulier à chaque fois (ce n'est jamais la même partie du cerveau qui est touchée, ce ne sont jamais les mêmes problèmes rencontrés). Cela effraie en quelques sorte les centres qui prennent les pensionnaires selon certains critères.

 

Un traumatisé crânien n'a pas choisi son état, il le subit et en souffre, il est du devoir de tous les médecins de les aider du mieux possible à passer certains caps, de mettre en application leurs serments d'Hippocrate : ".....aide et assistance.....". Ce qui a manqué à la plupart des gens que j'ai rencontrés après mon accident. Je pense donc qu'un traumatisé crânien est un malade comme les autres et qu'il a besoin d'aide comme tout le monde. Il faudrait éviter de les classer selon des critères particuliers car un traumatisé crânien a un état qui évolue lentement. Il est donc souhaitable de ne pas les abandonner mais plutôt de les aider du mieux que possible avec "Compréhension et amour".

 

Ma famille et moi restons à la disposition de tout ceux qui souhaiteraient avoir plus de détails sur les différentes étapes de ma vie de traumatisé crânien depuis 2 ans. Je recherche aujourd'hui une structure qui me permettrait de continuer ma rééducation et faire soit une remise à niveau soit entreprendre une formation, car je désire avant tout retrouver mon autonomie. Je suis passionné d'informatique. J'aimerais m'orienter vers la programmation. A ce jour, 13 décembre 1994 : nous sommes toujours à la recherche d'une solution.

 

 

@ YANN, SIX ANS APRES L’ACCIDENT

 

L’EXISTENCE EST UN OCEAN LE CORPS EST UN BATEAU LA VIE EST UNE CROISIERE...

 

L’idée d’écrire ce texte est le résultat d’un travail important sur moi-même et je pense qu’il pourra être utile à beaucoup...

 

J’ai eu un grave accident de voiture. J’ai été 3 mois dans le coma... Je m’en sors doucement.

 

Cet accident m’a permis de découvrir le monde dans lequel je vivais avant mon accident sous un autre jour. Je pourrais me comparer à Robinson CRUSOE, mais au 20ème siècle !

 

Les conclusions de mes réflexions reposent sur des bases solides. Je suis cependant ouvert à tous reproches sensés qui s’opposent aux idées que je développe.

 

La vie d’un homme est semblable, pour moi, à l’histoire d’un bateau, c’est une croisière, l’homme est le capitaine... L’existence est un océan : l’homme de part sa nature l’explore et veut en découvrir les limites. Il voudrait les dépasser, les modifier à sa guise. Hélas ! Bien des mystères demeurent aujourd’hui qui mériteraient de monopoliser toute son attention avant de vouloir aller trop loin : se découvrir lui-même pour s’aider lui-même... Pourquoi vouloir atteindre la lune, conquérir l’espace (il n’est pas fait appel à votre générosité pour dépenser des milliards pour ça ! L’Etat se sert dans les caisses)... et ne pas savoir guérir un enfant de la mucoviscidose, ou autre maladie génétique et laisser le monde menacé par le SIDA, oublier ceux qui souffrent parce ce qu’ils sont « différents »... (Là, pour payer les chercheurs on fait appel à votre générosité ! Pourtant la devise de notre pays n’est ce pas : liberté égalité fraternité ? Qu’en ait-il des droits des personnes handicapées ?)

 

L’océan symbolise l’entourage de l’homme. Celui-ci navigue au milieu... Sa vie est comparable à un bateau je l’ai déjà dit : mer calme, mer agitée, tempête, destination différente pour chacun. Chaque bateau suit son chemin en partant de son port. Ainsi, la naissance serait la mise à l’eau. Il arrive que celui-ci coule tout de suite ou ait du mal à naviguer normalement (mort ou handicap de naissance). L’homme, le capitaine, dirige le bateau et accumule au fil du temps, dans la cale de son navire, des connaissances multiples (mémoires). Il tire des conclusions de ses expériences et de celles des autres. Au bout du compte la croisière se finit pour tous les bateaux, pour des raisons diverses (surcharges de connaissances, accident...). Ils coulent... C’est la mort. Il existe de multiples façons de mourir, donc de couler.

 

En ce qui me concerne ma croisière a été modifiée par le fait que je me suis échoué sur un rivage qui m’était totalement inconnu, et inconnu du plus grand nombre...

 

Mon bateau s’est échoué, le 25 décembre 1992. Je travaille à le remettre à l’eau et ce n’est pas facile. Je voudrais reprendre ma croisière, sur l’océan que je connaissais bien, bien mieux que cette île déserte où je suis actuellement et que peu de personnes connaissent... Je souhaite par ces écrits servir les prochaines personnes qui s’échoueront... car cela peut arriver à chacun.

 

Ce bateau que je répare en espérant le remettre à l’eau, n’est pas comparable à une seconde naissance : ce n’est pas la mise à l’eau initiale. La cale de mon bateau (ma tête) n’est pas vide ! Mon bateau savait flotter avant… Je dois donc travailler pour qu’il puisse flotter de nouveau, mais c’est dur et très long !

 

 

 

@ TEMOIGNAGE MME B., TC DU 15 SEPTEMBRE 2000 : LES SEQUELLES DU TRAUMATISME CRANIEN

 

 

« Dans mon quotidien -mis à part un de mes frères qui a subi une commotion cérébrale il y a plusieurs années-, je ne rencontre pas la patience et la compréhension de mon entourage.

J’en suis à la fuite et au retranchement pour ne pas stresser davantage.

[…]

A ce jour, Monsieur X pense qu’une intervention sur les hernies discales cervicales n’est pas nécessaire. Il préfère que je commence une rééducation douce et que je continue à porter un collier cervical dans quelques occasions précises.

Ce médecin a montré une patience d’ange, à expliquer à la personne qui m’accompagnait le désarroi dans lequel je me trouvais et a dédramatisé mes comportements. Il a l’air de bien connaître le problème du traumatisme crânien. Je me sens en confiance et surtout entendue. Je vous le recommande pour mes autres « compagnons de galère ». »

 

Aujourd’hui, mes difficultés sont :

 

- Désorientée, déstabilisée, je ne suis plus la même.

 

- Parfois, les choses sont faites et je ne me rappelle pas les avoir faites.

 

- J’oublie de me laver ou bien je ne me rappelle pas m’être lavée alors que les gants de toilette et la serviette sont mouillés. Je n’ai plus le même plaisir à me laver.

 

- Je fatigue vite ; je suis parfois épuisée du peu que je fais au point de m’allonger.

 

- Je m’irrite facilement, j’en viens à fuir les gens pour ne pas m’énerver.

 

- Si on me coupe un peu la parole ou bien si je suis distraite par quelque chose pendant une conversation, je ne sais plus ce que je disais.

- Au tout début, juste après ma chute, je n’avais plus aucune notion du nombre de jours qui s’étaient écoulés. Après la mise en observation à l’hôpital de Martigues, j’ai été transportée à Montperrin. Dans ce centre, j’ai eu l’impression qu’il s’était écoulé plusieurs semaines alors qu’il s’agissait de deux jours.

 

- Envie permanente de me retrancher chez moi seule. Je m’affole avec du monde autour de moi. Impression qu’il se passe plein de choses à la fois. Impression qu’on m’en demande trop.

 

- Je m’énerve. Je comprends le début des conversations et après je déconnecte.

 

- On me demande de répondre à une question mais je ne rappelle pas la question et je répète sans cesse : « je ne sais pas ».

 

- Au début, j’ai eu en permanence un bruit dans la tête (comme lorsque j’étais jeune et que je sortais en boîte de nuit après avoir écouté la musique trop fort) ainsi qu’un bruit très présent dans l’oreille gauche. Cela s’est bien estompé après un mois et demi, je crois. J’ai des bruits parfois dans l’oreille gauche qui me gênent car je crois qu’il y a un moteur en marche ou bien que le téléphone a sonné, mais j’arrive à maîtriser car ce n’est pas en permanence.

- Je suis obligée de me faire des listes, même pour les choses les plus simples. J’ai abandonné cette méthode car cela m’affolait de me rendre compte que j’établissais plusieurs fois ces listes. Je fais un effort maintenant pour n’avoir plus que mon agenda ouvert à la page du jour mais je crois me rassurer en le consultant sans arrêt.

 

- Je n’écris plus d’une manière harmonieuse.

 

- Je mets du temps pour tout. Je fais moins de choses, je suis débordée, je me « noie dans un verre d’eau ».

 

- Les aliments n’ont plus le même goût, surtout le café. Je me suis remise à fumer et je trouve cela dégoûtant, pourtant je le fais en pensant « qu’il faut que je fasse ce geste ». Je n’arrive pas à en dire plus sur ce comportement ni à l’analyser.

 

- J’ai l’impression que mes rêves ne m’appartiennent pas. Je me rappelle d’éléments de rêve mais pas l’histoire du rêve ou si il y en avait une.

 

- Au tout début (c'est-à-dire les 15 derniers jours du mois de septembre 2000), j’ai eu vraiment l’impression d’être folle. Je voyais tout ce qui m’entourait d’une nouvelle manière.

 

- Je deviens très distraite en voiture. J’ai évité plusieurs fois des accrochages. Je me suis rendue compte que c’était trop dangereux pour les autres. Je ne prends pratiquement plus le volant.

 

- Le 25 septembre 2000 : c'est-à-dire 10 jours après le TC, j’ai vécu un épisode très perturbant. Je me suis retrouvée dans le quartier de mon frère (à une trentaine de km de mon domicile – quartier que je connais très bien), j’ai garé mon véhicule, j’ai acheté mon premier paquet de cigarettes depuis des années sans fumer. J’ai acheté un jeu de hasard à 10 francs (j’ai du en acheter 2 ou 3 dans ma vie) et une carte téléphonique. Lorsque je suis sortie du bureau de tabac, j’ai traversé la minuscule rue et je me suis retrouvée en face de ma voiture. En quelques secondes, j’ai perdu pieds, désorientée, mes idées perdaient le fil de la situation.

Je me suis raccrochée à l’image de ma voiture en me répétant que c’était la mienne. Tout est allé très vite, j’ai composé le numéro de téléphone de mon frère et l’ai laissée affiché sur l’écran. J’ai sorti un morceau de papier sur lequel j’ai écrit que j’avais garé ma voiture, une AX blanche, juste en face devant la pharmacie ; tout ceci au cas où je perdrais encore plus les repères. J’ai pu me ressaisir, mais j’ai tout de même été obligée d’appeler mon frère afin qu’il vienne me chercher. Je n’arrive pas à mettre des mots sur ce que j’ai ressenti. Cela m’a perturbé plusieurs journées avec la hantise que cela ne ré arrive et que je perde totalement le fil de ma vie.

 

- Crises de larmes sur crises de larmes

 

- Je me sens débordée parce qu’il faut que je prenne des rendez-vous dans des hôpitaux et chez des spécialistes et je suis tout le temps en train de ma demander si je ne vais pas les manquer ou bien si je n’ai pas pris des rendez vous qui se chevauchent alors que tout est écrit dans mon agenda. Je multiplie les soucis car je n’arrive pas à éliminer de mon esprit que certaines choses ont déjà été faites (Ex : RV déjà honoré) ; je reste encombrée d’actes déjà accomplis.

 

- Parfois, j’ai l’impression que tout va bien, que je m’exprime clairement pour me faire entendre et puis d’un seul coup, je ne me sens plus claire du tout. Mes phrases sont longues je n’arrive pas à conclure, j’en rajoute, je tourne en rond, c’est extrêmement pénible. Me rendant compte que cela doit être pénible, pour les autres, je perds pieds encore plus.

 

- Les premiers jours, j’étais incapable de fixer une personne ou un objet sans avoir la nausée. Je n’arrivais pas non plus à garder ce que je venais de manger. Je suis encore sujette à des vomissements mais plus épisodiquement.

 

- Impression très forte de laisser mener ma vie par les gens qui m’entourent alors que j’ai tout à fait conscience que j’ai toujours été très indépendante avec un très fort esprit d’entreprise.

 

- Je réfléchis sans cesse à comment m’organiser pour pallier mes manques. Cette volonté est comme une idée fixe, j’en rêve.

 

- Je n’arrive plus à classer mes papiers, je laisse tout en tas sur une table alors que j’ai toujours été organisée.

 

- C’est le vendredi 13 octobre que X m’a donné votre numéro de téléphone, mais pendant des jours, j’ai regardé ce numéro de téléphone qui ne voulait plus rien dire pour moi et je n’ai évidemment pas eu l’idée de rappeler X (… pour lui demander quoi ?)

 

- Le 27 octobre 2000 : Chantal MOINAUX m’a téléphoné et m’a donné beaucoup de renseignements qui m’ont été très utiles. Au début de la conversation, je comprenais tout ce qui a été dit mais j’écrivais tout de même les informations sur un papier. Je me sentais à peu près claire dans ce que je disais. A un moment donné, je me suis sentie dépassée. J’entendais les mots mais je ne comprenais plus les phrases dans leur totalité. J’ai eu l’honnêteté de lui en faire part. Devant certaines personnes de mon entourage, je n’arrive pas à être aussi honnête et je préfère me retirer dans un coin en prétextant n’importe quelle raison.

 

- Les émissions de télévision que j’avais l’habitude de regarder me paraissent compliquées ainsi que les livres que j’avais entamés.

 

- Je reste « coincée » devant ma bibliothèque pour choisir des lectures même simples, mais je n’ai plus d’intérêt pour mes sujets de prédilestion.

- J’ai des faveurs exagérées qui me pétrifient. Je suis surprise (dans le sens « peur ») par des choses anodines au point de me faire une douleur sur le devant du front comme si tous mes vaisseaux se contractaient.

 

- Le premier mois, je croyais voir des insectes sur les côtés de mon champ de vision. Cela ne me le fais plus que très rarement.

 

- En 1 mois, j’ai perdu 4 kg car je n’avais plus envie des aliments que j’aime d’habitude. Je trouvais un mauvais goût à tout. Aujourd’hui, je n’ai pas retrouvé le goût et le plaisir de manger mais j’arrive à me nourrir.

 

- Bénéfice inattendu : j’étais obnubilée par l’envie d’aller uriner toutes les 10 minutes (j’avais même un semblant de cystite permanent). Je me rends à l’évidence que je ne ressens plus ce problème sans doute nerveux. Je ne m’en suis pas rendue compte immédiatement.

- Je ressens des « tremblements en moi » épisodiquement. Je ne sais pas s’ils sont effectifs.

Le 2 novembre 2000 – donc 1,5 mois après le TC – on m’accompagne faire quelques provisions dans une grande surface. Cela a été un cauchemar, mal-être, perdue, lumière trop agressive, nausée, pas de suite dans les idées, trop compliquée, fatiguant, mal aux yeux et à la tête. J’ai fait n’importe quoi, j’avais peur de perdre mon chariot (comme si cela avait une importance !). Les odeurs me dégoûtaient, le quadrillage du sol me fatiguait.

J’ai rencontré dans cette grande surface une de mes élèves adultes (cours d’arts plastiques), mais j’étais tellement agressée par l’environnement que j’ai eu du mal à soutenir une conversation. J’essayais de faire simple mais je m’enlisais. Je me suis faite raccompagnée à la maison pour me réfugier dans le sommeil.

 

- Je constate par des erreurs qui me nuisent que je n’anticipe plus les situations. Je deviens très bête.

 

- Je ne peux plus supporter certains bruits (impression de martelage ou que les oreilles vont exploser). Particulièrement la soupape de l’auto cuiseur, l’aspirateur, les assiettes qui s’entrechoquent, la brosse à dents électrique…

 

Je suis obligée de lire tout haut et plusieurs fois pour comprendre ce qui est écrit. Parfois, je lis tout haut mais je ne m’écoute pas.

 

- Le samedi 4 novembre 2000, j’invite des personnes à venir souper chez moi. C’est la première depuis le 15 septembre 2000). Dans les conversations, je faisais des fixations sur certains mots (j’employais toujours les mêmes) sans pouvoir trouver de synonymes. Je m’énervais, me trouvais bête. Je ne comprenais plus ce que l’on me disait.

Je partais dans une réponse et je m’apercevais que je ne me rappelais plus de quel sujet on était parti.

 

- J’ai des réflexes verbaux totalement idiots. J’entends un mot et je rebondis sur ce mot avec un autre sans que ce soit adéquat ou judicieux.

 

- Je me sens perdue si j’enferme mon agenda dans un sac ; il faut que je le laisse ouvert sur la table.

 

- J’ai mis en évidence le numéro de mon portable près du téléphone de la maison car je ne sais jamais où je pose le portable. Je peux ainsi le biper.

 

- Je suis très irritée de constater que la personne que je côtoie le plus souvent et qui est donc au courant de mon accident ne se rend pas compte des efforts que je dois fournir. Je me sens agressée et donc je deviens agressive.

Le jeudi 23 novembre 2000, j’ai demandé au docteur X qui me suis à l’hôpital de Martigues d’avoir la gentillesse d’expliquer à cette personne le comportement à adopter face à mon incapacité à avoir la bonne réaction au bon moment et mes pertes de mémoire qui me perturbent.

 

- Je marque des informations près de mon téléphone qui ne veulent plus rien dire.

 

- Une drôle d’impression dans mon for intérieur : j’ai toujours été à la recherche de mon bien être avec le moins de matériel possible. Aujourd’hui, je me raccroche aux objets (peut-être pour me repérer) mais en même temps je me fiche de tout. Il y a me^me des moments pendant lesquels je me dis que je pourrais envisager ma disparition sans aucune émotion. Il me manque UN LIEN…

 

- Je vais vérifier que la porte d’entrée est fermée…plusieurs fois. J’oublie l’eau qui bout sur le gaz, etc.…

 

- J’entends le tic tac de mes montres. C’est stressant. Je ne l’avais jamais entendu.

 

- Au début, j’avais une espèce de mal de tête en casque en permanence sans que cela devienne jamais insupportable. Juste très gênant à la marche. Cela a disparu totalement. Par contre j’ai des douleurs aigues épisodiques sur la tempe et le dessus de l’oreille gauche. Je ne peux pas non plus (et ceci depuis le début) m’appuyer sur l’endroit précis de ma blessure (arrière de la tête).

 

- J’ai l’impression que j’ai des choses urgentes à faire et je ne sais pas de quoi il s’agit. Parfois, je doute que ces choses existent.

 

- Je fais un effort pour écrire ce témoignage mais c’est fatiguant et cela « me sort les yeux » ;

 

- Je ne tricote jamais. Malgré cela, je me suis mise à faire un pull avec des points très compliqués en me disant que cela allait rééduquer ma main et mon bras droits. Je me suis rendue compte d’un autre bénéfice : organisation, coordination, maîtrise et régularité des gestes. Cela m’a permis d’avoir de la suite dans les idées, d’avoir le courage de défaire et recommencer, d’aller jusqu’au bout des choses, de trouver de l’intérêt.

De plus, j’ai eu la surprise de pouvoir me rappeler de la situation dans laquelle je me trouvais au moment de la dernière séance de tricotage lorsque j’en entamais une autre. (J’étais contente, même si cela peut paraître anodin).

 

- J’ai le sentiment que je tourne autour de moi, je veux dire autour de mon nombril. L’impression que je régresse.

 

- Samedi 18 novembre 2000, j’ai vécu l’épisode le plus perturbant depuis mon accident.

Mon ami m’a offert un ordinateur. Un installateur est venu chez moi pour la mise en route de cet appareil et pour me donner quelques informations. J’ai écouté le plus attentivement possible mais j’ai vite perdu pieds. J’étais envahie par une fatigue mais – assise près de lui – j’ai fait en sorte que cela ne se voit pas. Lorsque cette personne est partie, mon ami est revenu du jardin où il s’occupait (c’était chez moi ; nous n’habitons pas ensemble).

A ce moment très précis, j’étais donc dépassée et perdue par le flot de paroles que je venais d supporter de la part de l’installateur. Donc, fatiguée à l’extrême. J’essayais de maîtriser et me donner une contenance. Par honnêteté, j’ai avoué à mon ami l’état dans le quel je me trouvais. Ne pouvant pas apprécier mon degré de « déconnection », il a commencé à me parler, à me poser des questions, à vouloir que je prépare mon sac pour venir chez lui terminer le week-end…un flot de propositions dans un même temps qui augmentaient mon stress. Mon cœur battait très vite, je tremblais, je ne comprenais rien. Il y a eu comme un ouragan d’incompréhension qui m’a submergée. « J’allais mourir noyée, c’était sûr… ». Je percevais juste que j’étais en danger… ou peut-être pire : mon fils… ou peut-être la planète entière...qui sait ? J’étais déconnectée du réel, je voulais qu’il sa taise, je voulais me reposer, retrouver mon calme… »me retrouver ». Cela a été tout le contraire. Il vociférait. J’entendais les mots mais ne comprenait pas le sens des phrases. Je passais d’un mot à l’autre en oubliant le précédant. (Il n’y avait plus l’HISTOIRE). Cette incompréhension des mots. Je m’en suis défendue à la hauteur de mes possibilités (dans cette situation) en : hurlant malgré ma fatigue, afin de couvrir ces phrases que je ne comprenais pas et qui me mettaient dans un stress à vouloir mourir (mourir pour ne plus souffrir la déstabilisation).

Il a cassé une partie de l’ordinateur, une porte fenêtre, défoncé une cloison à coups de pieds…

Il ne supporte pas ma défaillance et préfère croire que je le prends pour un idiot (sic). Il ne pourra jamais comprendre le stress qu’il m’a fait vivre à ce moment là.

 

Je suis dégoûtée de cette situation, je n’ai plus confiance en moi. J’ai décidé de ne me faire aider que par des professionnels qui connaissent bien le problème du traumatisme crânien afin de ne pas ma laisser pousser dans des extrêmes irrémédiables par méconnaissance et manque de patience.

 

 

@ TEMOIGNAGE DE M., 21 ANS, ACCIDENTEE A L’AGE DE 3 ANS

 

Suite à cet accident, j’ai failli mourir. J’avais 3 ans et demi, je parlais, bougeais comme tout enfant de cet âge, et je me suis retrouvée dans un corps que je ne pouvais plus contrôler, je ne pouvais plus communiquer, sauf avec mes yeux. (Souvenirs de mon orthophoniste, pour moi, le passé reste effacé).

 

Il a fallu que je me batte depuis toute petite pour être la plus normale possible. Ma vie a été plus compliquée.

Il me reste des troubles d’articulation, certains mots me sont difficiles à prononcer, d’autres à comprendre leur sens.

J’ai déjà subi deux interventions chirurgicales sur l’œil gauche, car je louchais, j’ai souvent des maux de tête.

Mon hémiplégie droite a bien évolué, mais j’étais droitière, je suis devenue gauchère, ma main droite est difficilement contrôlable. Chez moi, je reste maladroite malgré mes efforts, je m’efforce de manger avec la main droite, mais à cause de mes émotions et des mouvements incoordonnés qui restent, je ne peux pas me le permettre en société. Déjeuner avec les autres, c’est une épreuve.

Ma coordination des yeux, de la main, du pied est si mauvaise que cela m’interdit tous les sports :

Volley

Handball

Tennis

Badminton

Course

Athlétisme

 

Sur le plan scolaire, je ne sais que mes résultats auraient été bien supérieurs si tout cela ne m’était pas arrivé.

Je lutte avec mon orthophoniste contre mes troubles de compréhension, de mémorisation, d’acquisition ralentie du vocabulaire, et surtout mon émotivité devenue extrême, qui trouble mon travail en classe et mes relations avec les autres. J’ai eu très peu d’amis (j’ai été suivie en pédo-psychiatrie, je me suis sentie exclue, incomprise).

 

Mon pied droit traîne, ma jambe droite est faible. Je m’entrave souvent, mes chaussures s’usent rapidement. J’ai toujours besoin des séances de kinésithérapie. Ainsi, ma main droite tremble toujours.

 

 

Les autres séquelles gênantes :

J’ai des difficultés à me maquiller

J’ai des difficultés à me débrouiller (cuisine, laver mon linge, repasser, faire ma chambre…)

J’ai des difficultés à travailler seule au niveau scolaire

J’ai des difficultés à porter le plateau correctement

Manque d’orientation

Au niveau de la nourriture

Difficulté à couper les aliments (mais à part chez moi, je ne peux absolument pas utiliser ma main droite car je me sens inférieure et impuissante par rapport aux autres).

J’arrive à la contrôler lorsque je suis contrariée, énervée, fatiguée

Lorsque j’utilise ma main droite pour tenir la vaisselle cela m’est impossible car la main est trop brutale

J’au très souvent des vertiges

J’ai été refusée dans deux écoles car j’étais trop lente

Difficulté à m’intégrer en classe (parler avec les autres)

Difficulté dans l’équilibre

 

 

 

@ FLORIAN, TC A L’AGE DE 20 ANS ; « LA VIE AVANT, PENDANT, APRES !

 

Je m’appelle Florian, j’ai eu un grave accident de voiture en tant que passagère arrière (non attaché, car à cette époque la ceinture n’était pas encore obligatoire) le 15 mars 1997.

J’ai été traumatisé crânien à l’âge de 20 ans, à 3 ou 4 jours de la fin de mon service militaire. Dès lors, l’armée n’ plus voulu entendre parler de moi, mais j’ai gardé de supers bonnes relations avec tout le monde.

 

Ce qui m’est arrivé, je ne l’avais pas envisagé !

Je n’ai plus de goût < je mange pour me nourrir

Je n’ai plus d’odorat < donc attention au gaz

Traumatisé crânien < donc trous de mémoire fréquents

Hémiplégie droite < donc plus moyen de me servir du côté droit

  1. -         ma démarche → catastrophique
  2. -         Courir → impossible
  3. -         Le bras → n’en parlons pas

Je suis devenu gaucher par la force des choses.

 

Avant : j’étais électrotechnicien

Maintenant : je suis handicapé (mon AAH, ce qui veut dire Allocation Adulte Handicapé est de 587 € par mois, ce qui correspond à 3850 F). Je galère car je n’ai plus le droit de travailler. Pour donner un sens à ma vie, j’aide bénévolement Solange sur le marché à la vente de fruits et légumes frais (non pas bénévolement, car elle me donne toujours fruits et légumes…).

J’ai la fatigabilité qui rentre en jeu, l’irritabilité… Je ne dors qu’une demi heure ou une heure par nuit.

 

Je vis sur les nerfs toute la journée, je prends des anti-stress, des somni-controls pour dormir (homéopathiques).

Autant pour le travail que pour le sport car avant, je faisais du tennis mais pour réapprendre de la main gauche, ça va sûrement être dur !

 

En tant que traumatisé crânien, les gens ne vous croient pas, n’ont pas confiance en vous (ce n’est pas contagieux…)

Il faut que je vous en informe, le traumatisme crânien, quelle que soit sa cause, ne se lit pas sur le visage.

Moi, par exemple, j’ai l’apparence « normale », mais quand j’enlève mon tee-shirt, on voit mon bras, la trachéotomie ;

Pour la fatigabilité, les troubles de la concentration et tout le reste, c’est invisible.

Par exemple, quand je vais à la maison pour manger qu’il n’y a pas mon père et qu’il revient 10 minutes après la fin du repas…quand il me demande ce que j’ai mangé…trous noirs…

Et il me dit que ce n’est pas vital ; ça m’énerve !!!

 

Après ces dires et ce témoignage, je voulais vous préciser que le traumatisme crânien n’est pas forcément VISIBLE…

 

quand j’enlève mon tee-shirt, on voit mon bras, la trachéotomie ;

Pour la fatigabilité, les troubles de la concentration et tout le reste, c’est invisible.

Par exemple, quand je vais à la maison pour manger qu’il n’y a pas mon père et qu’il revient 10 minutes après la fin du repas…quand il me demande ce que j’ai mangé…trous noirs…

Et il me dit que ce n’est pas vital ; ça m’énerve !!!

 

Après ces dires et ce témoignage, je voulais vous préciser que le traumatisme crânien n’est pas forcément VISIBLE…

 





 

 
Association des Familles de Traumatisés Crâniens des Bouches-du-Rhône (A.F.T.C. 13) - © Copyright 2007 Tous droits réservés